Le "Crash"
Appelé aussi "le malaise post-effort". Voici une infime partie de ce qu'on vit lorsque le corps ne veut plus suivre quand on est atteint d'Encéphalomyélite Myalgique.
Quand le crash arrive, ce n'est pas une chute, ni un effacement. C'est un basculement interne, parfaitement conscient, où je sens chaque mécanisme de mon corps se dérégler en direct. Les douleurs deviennent lourdes, profondes, comme si tout mon organisme vibrait sur une fréquence trop basse.
Rien ne coupe, rien ne pique : tout pèse. Une densité qui envahit les muscles, les articulations, les nerfs, jusqu'à la respiration elle‑même.
Je ne perds jamais conscience. C'est même l'inverse : je suis trop consciente. Je sens mon corps réclamer le sommeil, je sens mon cerveau tenter de basculer en mode automatique, et je sens exactement le moment où il échoue. Je m'assoupis quelques secondes, mais je reste là, lucide, témoin de ce qui se passe.
Et c'est là que le système nerveux autonome dysfonctionne. Il devrait prendre le relais, gérer la respiration sans que j'aie à y penser. Mais il hésite. Il trébuche. Il oublie. La respiration s'interrompt une microseconde.
Une seule. Mais je la sens. Je sens le vide, l'arrêt, la suspension du mouvement. Je sens que mon corps veut dormir, mais que mon cerveau, saturé, ne parvient plus à assurer la continuité de la fonction la plus basique : inspirer.
Alors l'alarme interne se déclenche. Je me réveille en sursaut, consciente, immobile, clouée par la lourdeur, mais parfaitement lucide. Je manque d'air, je cherche l'oxygène, je sens mon cœur repartir comme un moteur qui a calé. Et je sais que ce n'est pas un rêve. Je sais que ce n'est pas une impression. Je sais que c'est une micro‑pause réelle, un raté du pilote automatique.
Et ça recommence. Partout. Sur un lit, sur un canapé, sur le sol de la cuisine si je m'y suis effondrée. Le lieu ne change rien : le mécanisme est le même. Je glisse, la respiration décroche, je remonte en suffocation. Toujours consciente. Toujours témoin. Jamais reposée.
Entre deux sursauts, des rêves hyperréalistes se glissent, comme si mon cerveau, privé d'oxygène et saturé de douleur, mélangeait la réalité et l'imaginaire sans plus faire la différence.
Je rêve ma vie, mais tordue, amplifiée, catastrophée. Je ressens les douleurs dans le rêve comme dans le corps. Je meurs, je renais, je suffoque, je me bats. Et quand j'ouvre les yeux, je suis exactement dans le même combat, sauf qu'il s'appelle "nuit".
Je suis trop épuisée pour rester éveillée, trop en danger pour dormir. Coincée dans cet entre‑deux où le système nerveux autonome, censé être le gardien silencieux de mes fonctions vitales, devient un stagiaire maladroit qui oublie ses tâches essentielles.
Ce n'est pas de la peur. Ce n'est pas de l'angoisse. C'est de la physiologie qui déraille. C'est un corps qui a épuisé toutes ses batteries.
PS : Pour couronner le tout, quelques heures après ceci ou le lendemain, je me retrouve dans un corps qui a des symptômes grippaux. Imaginez : c'est un peu comme si vous aviez une grippe perpétuelle!


