A la lumière des mots

08/04/2026

J'aime écrire. C'est une nécessité, une respiration, un acte vital. Ma pensée va vite, elle se déploie, elle s'enflamme, elle s'ouvre dans toutes les directions. Et pour ne pas la laisser se perdre ou s'éteindre, j'écris. J'écris pour lui donner une forme, pour la rendre vivante, pour la partager.

Écrire n'est pas un geste simple pour moi. Ma dyslexie m'oblige à reprendre sans cesse, à réajuster, à relire, à corriger. Les lettres se mélangent, les mots se déplacent, et les idées nouvelles viennent sans arrêt rebousculer les phrases presque terminées. Mais ce travail n'est pas un frein : c'est une manière de sculpter ma pensée. Je pose les mots d'abord comme je pense, librement, intensément, sans filtre. Puis je reviens, je polis, je cherche la phrase juste, celle qui vibre en moi quand elle me paraît sonner juste.

On m'a souvent demandé comment je pouvais aimer écrire alors que je suis dyslexique. Je n'ai jamais su répondre autrement que par l'évidence : je m'exprime mal à l'oral. Les mots restent coincés, figés, bloqués en moi. Parler en public est une épreuve. Ma pensée se heurte à tout mon corps. Alors j'ai appris à écrire pour respirer. Pour libérer ce qui, autrement, resterait enfermé, emprisonné.

J'écris long. J'écris dense. J'écris avec un emportement fiévreux, et mes textes en portent parfois la combativité, portée par la passion qui m'anime. Mes textes sont des cris, des élans, des prises de position. Ils sont habités par ce que je suis, par ce que je ressens, par ce que je refuse de taire.

Dans un monde où l'on se contente volontiers de cent soixante caractères, de la facilité, de la pensée réduite à un slogan… Moi, je ne peux pas m'en contenter. Je veux déployer mes idées, leur donner de l'espace, de la profondeur, du souffle. Une pensée mérite d'être développée. Une émotion mérite d'être entourée de mots qui la portent.

Écrire, pour moi, c'est aussi entrer dans une histoire plus vaste que moi. Les mots que j'utilise viennent de loin. Ils portent les traces de ceux qui ont vécu avant nous, de ceux qui ont parlé, inventé, transformé, transmis. L'histoire du langage est une longue chaîne d'évolutions, de détours, de métamorphoses : chaque mot que nous utilisons aujourd'hui est le résultat d'innombrables vies humaines, de migrations, de rencontres, de ruptures. Chaque langue est une mémoire vivante. Quand j'écris, je marche dans les pas de ceux qui m'ont précédée, et j'ajoute ma voix à cette continuité silencieuse qui traverse les siècles.

Je connais le chemin que je parcours pour parvenir à exprimer ma pensée. Je sais l'effort, la concentration, la patience que cela demande. Mais je sais aussi que si je n'écris pas, j'étouffe — littéralement. Alors j'écris. Encore et encore. J'écris pour vivre. J'écris pour comprendre. J'écris pour transmettre. J'écris pour respirer.

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