16 jours de plus

14/06/2026

Aujourd'hui, ça fait 34 ans que ma mère est décédée. Mais aujourd'hui est un anniversaire particulier parce qu'aujourd'hui, j'ai vécu 16 jours de plus qu'elle.

Aujourd'hui, l'univers m'a accordé le droit de respirer cette vie 16 jours de plus que ce que ma mère n'a pu faire.

J'ai franchi ce seuil. J'ai comme traversé une frontière invisible. Comment est-ce possible ? Et pourquoi ? Est-ce que je mérite ces jours, ces mois et peut-être années en plus ? Quelle aurait été sa vie, si elle avait vécu plus longtemps ? Comment aurait été notre vie ensemble ? Je fais quoi maintenant ? Puisque j'ai vécu toute ma vie d'adulte à ne pas pouvoir me projeter plus loin qu'au-delà de 58 ans ! ( Je vous préviens, la prochaine étape sera de dépasser les 65 ans de mon père. Mais là, j'émets des doutes quand même !)

Manifestement, après de brèves recherches, ces questions seraient normales. Des études en psychologie du deuil, comme celles de John Bowlby ou Colin Murray Parkes, montrent que dépasser l'âge d'un parent disparu réveille souvent des interrogations existentielles. C'est une étape naturelle du travail de deuil, une façon de donner un sens à l'absence et de se réapproprier sa propre vie.

Perdre un parent jeune, c'est aussi être confronté, un jour, à sa propre mortalité. Ces dates anniversaires, ces âges symboliques, nous rappellent que la vie est fragile. Et c'est normal : prendre conscience de notre finitude, c'est aussi une façon de mieux vivre le temps qui nous reste.

Mais je dois bien avouer une chose : avoir pris conscience si tôt de ma mortalité m'a aussi permis de savourer pleinement chaque instant de bonheur tout au long de ma vie et c'est peut-être pour ça que je ne suis pas malheureuse face à ce que je vis. J'ai des souvenirs pour plusieurs vies.

Quoi qu'il en soit, il y a probablement peu de jours où je n'ai pas pensé à ma mère ces 34 dernières années. Et aujourd'hui, avec mes 16 jours de vie de plus qu'elle, j'avais envie d'en parler. 

Share